Expositions temporaires
Cette exposition a donné lieu à un catalogue (format: 21cm x 20,5cm) dans lequel vous pourrez découvrir une trentaine de ses photographies.
L’occasion de ressentir au travers du travail de l’artiste l’atmosphère de l’époque.
Lettre d’Inès Leinbacher-Poirel, fille de Robert Leinbacher:
Robert Leinbacher
né le 30 avril 1883 à Barcelone (Espagne)
décédé le 30 août 1967 à Moulins
" Mon père Robert Leinbacher né le 30 avril 1883 à Barcelone en Espagne. Son Père, brasseur est décédé lorsqu'il avait 3 ans. Sa mère Mélanie Kuentzmann ayant encore des intérêts dans la brasserie Damm (Fabrique de bière) est restée encore plusieurs années à Barcelone avec lui et sa sœur Marie d'un an plus âgée. Ils sont revenus en France à St Dié, où sa sœur s'était mariée à Paul Weiss, fabricant de limes. Il avait 19 ans.
Tout d'abord, employé comme dessinateur, dans les tissages à Roubaix, puis à Raon l'Etape aux Papeteries des Chatelles où il a connu maman, Jane Poirel qui habitait à la Neuve-ville les Raon, chez ses parents (café Hôtel Restaurant Terminus). Il est ensuite parti à Paris comme dessinateur chez un publiciste 36 Boulevard Magenta, jusqu'à ce que la guerre soit déclarée en 1914. Il s'est marié avec Maman Jane Poirel le 22 juillet 1914 le même jour que l'oncle Alexandre, frère de maman, mort à la guerre en Serbie en 1917.
Mes parents devaient aller habiter à Paris rue Croix des Petits Champs. La guerre étant déclarée, pendant leur voyage de noces en Allemagne, il n'est pas retourné à Paris. Son patron étant mobilisé il a perdu son emploi. Sa femme étant veuve je suppose aurait bien voulu en faire son associé mais l'oncle Louis l'en a dissuadé pensant, je crois à juste titre, qu'il ferait le travail et serait exploité. Il avait peut-être raison car Papa était trop gentil, il ne savait pas dire non.
De plus l'oncle Louis et l'oncle Alexandre étaient tous les deux mobilisés. Papa était suisse par son père (Adolphe Leinbacher né à Winterthur) avait la possibilité de rester avec Maman et mes grands-parents. Lui aurait voulu s'engager. Le bombardement, par deux fois de l'Hôtel Café Restaurant Terminus de mes grand- parents à la Neuve- ville les Raon, a fait qu'ils sont venus à Moulins où ils avaient de la famille. Mon arrière-grand-mère Antoinette Chrétien (la maman Massel) mariée à Joseph Massel de Merviller, était déjà venue dès les premiers bombardements chez sa nièce, Anaïs Geaix mère de Pierre Geaix marchand de fromages. Elle y est morte et enterrée au cimetière d'Yzeure. Il y avait également Hélène Perrier qui était je pense, une nièce ou cousine de ma grand-mère, mais je ne sais pas exactement ce point de généalogie.
Ils sont donc venus, mes grands-parents, mes parents et Malou qui avait cinq mois, en septembre 1915, je suppose. En premier temps au 14 Avenue Meunier et ensuite au n°7. Les débuts ont été très durs. Heureusement mes grands-parents avaient un peu d'argent de côté et ont ensuite touché des Dommages de Guerre. Le repas du soir était invariablement du café au lait et des tartines. Les Perrier les ont aussi beaucoup aidés.
Le métier de photographe de Papa a commencé par un pur hasard. La cousine Anaïs, qui était infirmière bénévole il me semble, soignait les soldats blessés à l'Hôpital de Moulins. Ces soldats une fois rétablis ont désiré avoir un souvenir de leurs camarades, en l'occurrence une photo. C'est pour cela qu'elle a demandé à Papa de venir les photographier en groupe. Il fallait livrer ces photos assez vite car ils partaient les jours suivants. Il veillait tard le soir avec Maman qui l'aidait. C'était bien car Papa ne se sentait plus inutile et participait un peu à l'entretien de la famille.
La cousine Anaïs a dû en parler autour d'elle, mais je ne sais pas comment sa clientèle a débuté. Il a eu rapidement beaucoup de clients et c'est là qu'avec l'aide de l'oncle Louis et je ne sais plus quel maçon (un nommé Doignon je crois) ils ont décidé de construire l'Atelier au fond du jardin du 7 Avenue Meunier. Je ne sais pas à quelle date ils ont déménagé du 14 pour venir au 7 mais je sais que Kiki est né le 14 novembre 1916 au 14 Avenue Meunier. Il y a eu aussi un fait dont j'ai beaucoup entendu parler, c'est l'explosion du Chargement, usine qui fabriquait des obus. Ils sont partis la nuit avec beaucoup d'autres évacués comme eux à Avermes mais je ne connais pas la date.
Papa a donc commencé à photographier les moulinois et a eu rapidement beaucoup de clients car il faisait un style de photo que les autres photographes ne faisaient pas. On appelait cela des dégradés couleur sépia. Il les terminait en faisant un léger fond à l'aérographe et quelques petites hachures à la plume. C'était sa petite touche personnelle et artistique. Malheureusement il n'a jamais fait fortune. En artiste il passait beaucoup de temps à ce travail consciencieux. La clientèle s'est un peu éclaircie car il ne livrait pas assez vite les photos commandées.
Il avait aussi une autre spécialité que personne d'autre ne faisait à Moulins. C'était des agrandissements 30-40 de personnes décédées. Il fallait les reproduire d'un groupe de mariage ou autre. Combien de fois j'ai vu Papa redessiner un col de chemise, une cravate ou un veston, car sur la photo qu'ils apportaient la personne avait une tenue négligée.
Cela il n'y avait que lui qui était capable de le faire à Moulins, mais il y passait beaucoup de temps et ne parvenait pas à faire payer le prix de son travail. Il disputait Maman disant qu'elle leur demandait trop cher. Toujours beaucoup de clients à la période des Premières Communions et aussi au début de la guerre avec les cartes d'identité et la photo de la femme et des enfants envoyées au mari prisonnier après la " Débâcle de 1940 ".
Avant son mariage en 1941, Malou tirait les photos d'amateurs avec la " Durkopp " une machine allemande. Ensuite je me suis mise à ce travail et aux cartes d'identité puis petit à petit au tirage des photos d'art que Papa terminait, jusqu'en février 1943 date de mon départ pour Mandray avec Gaby. Nous nous étions mariés en novembre 42.Pauvre Papa il est resté tout seul pour faire son travail.
En 44 ou 45 il a pris un assistant aussi artiste que lui et qui je crois ne l'a pas beaucoup secondé. Il me semble qu'ils aimaient bien discuter tous les deux. Il s'appelait Guédar.
Je me souviens aussi d'avoir souvent accompagné Papa lorsqu'il allait photographier les belles voitures et les camions de la carrosserie Crouzier rue de Bourgogne. Pour ce faire nous allions dans les jardins de l'Horticulteur Trèves à Yzeure.
Il était souvent demandé pour la sortie des mariés à la sortie de l'église.
Tous les ans je crois, l'usine Lefèvre route de Lyon, qui fabriquait des tours à métaux lui demandait de photographier ses machines pour en faire un catalogue. Il faisait alors un détourage et redessinait au trait ces photos qu'il envoyait à Nancy rue de la Salpetrière pour en faire un moule. Je crois que c'est de la " Galvanoplastie " mais comme je n'y connais rien j'ai du mal à expliquer
Par ailleurs il dessinait merveilleusement bien, faisait des tableaux à l'huile et des pastels. Malheureusement nous n'en avons pas beaucoup car il faisait ces peintures pour la fête d'Hélène Perrier le 18 août de chaque année et nous n'en avons pas. Il sculptait aussi, il était habile de ses mains.
Je me souviens de ces petites têtes, façon chinoise, sculptées dans des marrons et aussi des coffrets en bois, sculptés de fleurs.
Puis la guerre passée, il a continué doucement jusqu'au jour où malheureusement il a commencé à perdre la mémoire et que sa raison s'en est allée. Après avoir perdu Maman qu'il adorait le 29 août 1966, il est parti lui aussi l'année suivante le 30 août 1967.
Oui Papa était un artiste ! "
Inès Leinbacher-Poirel
Robert Leinbacher: photographe à Moulins entre les deux guerres
Robert Leinbacher
Cette exposition qui s’est déroulée
du 1er avril au 30 mai 2006 a été consacrée à Robert Leinbacher photographe moulinois ayant exercé Avenue Meunier entre les deux Guerres.
Les visiteurs ont pu admirer le matériel de son studio de prise de vues, de son laboratoire de développement et surtout un grand nombre de ses photos, dont énormément en tirages d’époque.
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