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Les Constructeurs
Louis de Régemortes
Après de multiples tentatives infructueuses de construction d'un pont définitif franchissant l'Allier à Moulins, Louis de Régemortes a doublé la largeur du lit de l'Allier et bâtit le pont qui porte son nom inauguré en 1763. La particularité de ce pont, expliqué dans son livre datant de 1771, est d'être le premier grand pont fondé sur radier continu.
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Avant les pont Mansart et Régemortes
Le pont Mansart
La construction du pont Régemortes
Le site
Le chantier
Les fondations
La construction du pont proprement dit
Caractéristiques du pont
Avant les ponts Mansard et Régemortes
Du XVème siècle au XVIIIème siècle de nombreuses tentatives de franchissement de l'Allier ont été effectuées avec plus au moins de succès:
Début XIVème Pont mentionné dans un testament.
1408 Mention du Pont MACHECLOU qui est emporté puis reconstruit.
1426 Le Pont MACHECLOU est rompu à nouveau puis réparé.
1435 Mention des GRANDS PONTS de l’Allier dont le Pont BUFFECIER
1446 Les grands ponts sont endommagés puis réparés.
1499 Pierre II, Duc de Bourbon ordonne la construction d’un pont de pierre.
1536 Construction d’un 2ème pont de pierre.
1565 Existence d’un pont de bois.
1579 Henri III ordonne la réparation de la grosse pile du pont de bois .
1595 Construction par Jean GIRARD de CARDIN, d’un 3ème pont de pierre ; réparé de1601 à 1604
1608 Ce pont est emporté.
1609 Passage en bac et adjudication d’un pont de bois.
1630 Construction par INDRE d’un pont de pierre
1645 Le Tablier du pont d’INDRE s’effondre et construction d’un pont de bois en aval du pont d’INDRE.
1676 Le pont de bois est emporté et remplacé par un bac.
1678 Adjudication à HABERT de la construction d’un pont de pierre appelé Pont GINGUET et achevé en 1682.
1685 Une pile et deux arches de ce pont sont renversées.
1686-87 Reconstruction de cette pile et des arches.
1689 Le pont est jeté bas.
1689-1703 Passage en bac.
1703 Construction d’un pont de bois jeté sur les restes des arches du Pont GINGUET, emporté la même année.
Le Pont Mansart
Devant les échecs successifs de construction de ponts à Moulins, il fut décidé de faire appel au grand architecte Jules Hardouin Mansart. Le pont prévu était en pierre en léger dos d'âne avec trois travées d'inégales portées. Il a été commencé en 1705.
Saint Simon rapporte l'anecdote suivante :
"Mansart fit un pont à Moulins où il alla plusieurs fois ; il le crut un chef d'oeuvre de solidité, il s'en vantait avec complaisance. Quatre ou cinq mois après qu'il fut achevé, Charlus, père du Duc de Lévis vint au lever du Roi, arrivant de ses terres toutes proches de Moulins, et il était lieutenant général de la province. C'était un homme d'esprit, peu content, volontiers caustique. Mansart, qui s'y trouva, voulut se faire louer, lui parla du pont, et, tout de suite, pria le Roi de lui en demander des nouvelles. Charlus ne disait mot. Le Roi voyant qu'il n'entrait point dans la conversation, lui demanda des nouvelles du pont de Moulins. "Sire, répondit froidement Charlus, je n'en ai point depuis qu'il est parti ; mais le crois bien à Nantes présentement." - "Comment ! dit le Roi, de qui croyez-vous que je parle ? C'est du pont de Moulins" - " Oui, Sire, répondit Charlus avec la même tranquillité, c'est du pont de Moulins qui s'est détaché tout entier la veille que je suis parti, et tout d'un coup, et qui s'en est allé à vau l'eau."
“Le Roi et Mansart se trouvèrent aussi étonnés l'un que l'autre ; et le courtisan à se tourner pour rire.”
L'anecdote est piquante mais certainement fausse, car Mansart était décédé depuis 2 ans lorsque son pont fut emporté en 1710.
Une quarantaine d'années plus tard, Louis XV chargea Louis de Régemortes, ingénieur des turcies et levées de construire un nouveau pont.
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La construction du Pont Régemortes
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Le Musée possède un exemplaire du livre écrit en 1771 par Louis de Régemortes, ingénieur des turcies et levées. Ce livre retrace les épisodes de la construction de ce pont dont la particularité est d'avoir été le premier grand pont à tablier droit fondé sur radier continu.
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Le Site
La Ville de Moulins à été construite près d'un rétrécissement du lit de la rivière Allier pour faciliter son franchissement. Plusieurs tentatives de construction de ponts avaient été entreprises sans succès. En effet, le débit de la rivière pouvant atteindre près de 5 000 m3/s, l'influence des crues était considérablement aggravé par l'étranglement de la rivière au droit de Moulins.
Le tablier est la partie d'un pont supportant la chaussée.
Un radier est un dallage posé directement sur le sol pour servir d'assise à un ouvrage.
Le Musée expose de nombreuses planches extraites du livre!
Le chantier
Régemortes construisit le pont qui porte son nom, en deux phases. Tout d'abord en 1753 sur la rive gauche de la rivière, il démolit tout un quartier de la Madeleine pour élargir le lit de la rivière. Il installa son chantier dans ces anciens quartiers démolis et construisit les 8 premières arches du pont. En 1760 grâce à une passerelle provisoire l'Allier pouvait être à nouveau franchie. Ensuite, il détourna la rivière pour la faire passer sous ces 8 arches, construisit des digues de protection dans l'ancien lit de la rivière et acheva la construction des 5 dernières arches.
Les travaux durèrent 10 ans de 1753 à 1763. Le chantier employa près de 1000 ouvriers.
Les fondations
Le sous-sol au droit de l'emprise du pont est principalement constitué de sables. La technique habituelle de construction d'ouvrages d'art sur ce type de terrain consistait à foncer des pieux en bois et d'asseoir les piles sur ces pieux.
Mais, compte tenu des caprices de débit de la rivière, Régemortes eut peur que les pieux en bois fussent déchaussés par affouillement. Aussi il abandonna cette technique et en inventa une toute nouvelle : les fondations sur radier continu.
Il a tout d'abord foncé 2 rideaux de palplanches en bois en amont du futur pont et 3 rideaux en aval. Pour foncer ces palplanches constituées de madriers en chêne de 8 x 15 cm environ et de 3 à 4 m de long, il a construit au préalable un platelage en bois situé légèrement au dessus du niveau de l'eau.
A partir de cette plate-forme de travail, était posée une chèvre (un trépied muni d'une poulie en tête) qui permettait de soulever une pierre par des ouvriers qui la lâchaient au coup de sifflet. Cette pierre, en tombant sur la tête de la palplanche, l'enfonçait de quelques centimètres. On recommençait jusqu'à ce que l'enfoncement nécessaire fût atteint. Pour faciliter l'enfoncement dans le sable, le pied de la palplanche était muni d'une pointe en fer.
Une fois achevés les rideaux de palplanches, il a enlevé le sable situé entre les rangées de palplanches et l'a remplacé par de l'argile, base des fondations du pont.
Pour éviter que l'argile ne soit emporté par la rivière il recouvrit le tout d'un plancher en bois, lesté par des moellons.
Enfin sur ce socle il bâtit un dallage en pierre de taille, que l'on peut voir aujourd'hui. Sur ce dallage les piles du pont, puis les arches et enfin le tablier furent construits
Fonçage des palplanches
Un rideau de palplanches est constitué d'éléments jointifs (autrefois en bois, aujourd'hui métalliques) fichés dans le sol pour permettre de travailler d'un côté du rideau sans risquer l'éboulement du terrain ainsi retenu.
L'argile est un matériau médiocre pour asseoir des ouvrages, mais étant constamment saturé d'eau, ses caractéristiques sont constantes dans le temps et les tassements différentiels ne sont plus à craindre.
Un tassement différentiel est une déformation non homogène de fondations, créant un risque de fissuration de l'ouvrage et à la limite de graves désordres pouvant aller jusqu'à l'effondrement.
Le bois -du chêne en l'occurrence - ne pourrit pas lorsqu'il est constamment dans l'eau.
Régemortes, dans son livre indique qu'il a construit le radier à un mètre sous le niveau de l'étiage (niveau des plus basses eaux). Aujourd'hui on constate que lit de la rivière en aval du pont est au moins 1,50 m plus bas que le radier : des affouillements en aval ont eu lieu et dans les années 1950, un nouveau rideau de palplanches métalliques a été foncé pour protéger le radier.
Des sondages récents ont montré que, après plus de 200 ans d'exploitation, l'argile sous le radier avait légèrement perdu sa compacité et il est prévu de faire des injections de ciment pour consolider le radier.
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Caractéristiques du pont
Le pont Régemortes comporte 13 arches de 10 toises (environ 20 m) d'ouverture. La longueur totale du pont est d'environ 300 m.
La largeur de la chaussée initiale était de 5 toises soit environ 10 mètres pour une largeur totale du pont de 15 mètres environ.
La hauteur totale du pont depuis le radier jusqu'au garde-corps est de 6 toises soit 12 mètres environ.
Les anciennes unités employées du temps de Régemortes sont :
La ligne qui fait 1/12ème de pouce.
Le pouce mesure environ 2,7 cm (à ne pas confondre avec le pouce anglais de 2,54 cm)
Le pied mesure 12 pouces
La toise mesure 6 pieds soit environ 2 m
La charge d'exploitation du pont n'est pas limitée et ce pont a servi pendant de nombreuses années au franchissement de convois exceptionnels qui transportaient des tôles en provenance des aciéries du Creusot vers les chantiers navals de Saint-Nazaire.
Pendant la seconde guerre mondiale, une arche du pont a été démolie en juin 1940 pour ralentir l'invasion des allemands. Mais dès le lendemain, ceux-ci mirent alors un platelage sur le "Pont de Fer", pont ferroviaire à 500m au sud du pont Régemortes et continuèrent leur avancée par ce deuxième pont... L'arche démolie fut reconstruite en 1942.
Régemortes a construit un pont analogue à Nevers pour franchir la Loire. Ce pont a 15 arches au lieu de 13 pour Moulins.
La construction du pont proprement dit
Dans son livre, Régemortes ne consacre qu'une seule page à la construction des arches et du tablier. En effet, cette partie de construction ne présentait aucune difficulté et était de technique courante pour l'époque.
La légende raconte que pour assurer un mortier de liaison des pierres entre elles de bonne qualité, il a été ajouté du blanc d'oeuf et des arêtes broyées de saumon. Régemortes n'en parle pas dans son livre. On raconte également que les ouvriers avaient eu une velléité de ronchonner car ils en avaient assez de manger tous les jours des jaunes d'oeufs et du saumon de l'Allier !
Enfin pour être sûr que l'Allier passe toujours sous son pont, Régemortes construisit des digues d'environ 5 m de hauteur sur près de 2 km de longueur de part et d'autre du lit de l'Allier.
Pour accéder au pont dont le tablier était nettement plus haut que les rues voisines, Régemortes construisit une rue en pente qui se raccorde au niveau de la ville à environ 300 m à l'est du pont. Cette rue Régemortes n'a aucune communication avec les rues avoisinantes dont les activités ont alors peu à peu périclité.
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